Sergeo Polo

Sergeo Polo, le camer lover

«Il parle souvent de lui-même à la troisième personne. N’y voyez pas le signe d’un ego démesuré ni d’un dédoublement de personnalité. Mais plutôt la conscience aiguë d’un musicien et chanteur envers son alter ego artistique et scénique, dont il conçoit la représentation dans les moindres détails.

Sur la pochette de son neuvième album Fleur et Vénus, sorti en septembre 2017, tout de blanc vêtu (costume, boa en plumes autour du cou, coiffé d’un chapeau haut-de-forme), un bouquet de fleurs jaune vif à la main, il pose devant un château. Un gentleman d’une autre époque pour cet artiste qui considère la fantaisie comme une affaire très sérieuse, et se plaît à endosser, pasticher différents personnages, piochant notamment dans l’histoire de France (le « Roi Polo XVIII » pour son disque Amour à deux, amour à vie en 2010).

En sous-titre : Chanteur de charme, désignation attribuée depuis longtemps à celui qui chante les méandres de l’amour, né Serge Théophile Polo, rajoutant le « o » à son prénom pour la touche latin lover. Plus jeune, n’a-t-il pas interprété avec passion les chansons romantiques du crooner espagnol Julio Iglesias ?

Entraînante, invitant à un pas de danse tantôt rapide, tantôt langoureux façon « colléserré », sa musique chamarrée brasse plusieurs saveurs musicales. Elle puise notamment dans la richesse et la diversité des rythmes de son pays le Cameroun, véritable mosaïque culturelle où l’on recense plus de 240 ethnies. Makossa, mangambeu, ben skin du peuple Bamiléké, mais aussi kizomba angolais, rumba congolaise, afro zouk, slow…

Avec sa voix aux accents suaves et enjôleurs, couvrant un large registre du médium au grave, il chante en douala, en ewodi (l’une des langues de son ethnie, les Sawa), et en français, qu’il emploie de plus en plus pour se faire comprendre au-delà de son pays et de sa diaspora.» Astrid Kirvian